Koli Abi diffuse le savoir — et les sourires — au Togo
Un travailleur social parle de l’apport de soins pour les fentes labio‑palatines dans des communautés éloignées

Depuis presque 29 ans, Koli Abi travaille comme infirmier et aide‑opérateur au Centre Hospitalier Préfectoral d’Aného (CHPA) au Togo. Il y a environ trois ans, il a commencé à parcourir le pays pour sensibiliser les populations locales aux fentes et faire savoir que des soins gratuits sont disponibles grâce à Smile Train.
Pouvez‑vous nous dire comment vous vous êtes impliqué avec Smile Train et quelles sont vos activités en tant que travailleur social ?
Notre chirurgienne des fentes, Dr Sesime Sanni, et moi travaillions ensemble à l’hôpital, où j’étais affecté à l’unité obstétrique. Nous avions vu des patients dans la trentaine, la quarantaine et plus encore qui ignoraient totalement l’existence de la chirurgie de la fente ou jugeaient son coût inaccessible. J’ai donc été très enthousiaste quand elle m’a appelé pour me dire qu’elle avait commencé à collaborer avec une ONG, Smile Train, et qu’elle voulait savoir si j’étais disponible pour l’aider à repérer des patients en besoin de chirurgie dans la ville voisine d’Aného.
J’ai dit oui, et nous avons lancé des campagnes de sensibilisation et d’éducation sur les fentes. Beaucoup de gens m’ont parlé de familles qu’ils connaissaient et qui avaient besoin de soins. Peu après, Dr Sanni m’a demandé de poursuivre, et je me suis mis à organiser des actions de proximité à Kara. Depuis ce jour, je me suis entièrement dévoué aux activités de Smile Train : grâce à ma formation infirmière, j’assiste aussi Dr Sanni lors des chirurgies pour enfants.
Comment sensibilisez‑vous aux soins pour la fente labio‑palatine ?
Quand je me rends dans les communautés, j’apporte des affiches à partager. Par exemple, dans un hôpital ou dans un lieu public comme le marché, j’en installe une ou deux affiches. Je parle aussi avec les gens et réponds à leurs questions. Je leur explique que Smile Train finance les soins pour les enfants avec fente comme ceux sur les affiches, puis je leur montre d’autres photos. Je leur dis : si vous connaissez quelqu’un qui a une fente, nous pouvons le prendre en charge gratuitement.
Est‑ce difficile de convaincre les personnes atteintes de fente, ou leurs familles, de venir pour une chirurgie ?
Si quelqu’un refuse que son enfant soit opéré, je peux m’adresser aux autorités locales, comme le chef du village, et leur expliquer la situation. Par exemple, un enfant que j’avais emmené à l’hôpital : j’avais le numéro de son parent, mais il ne voulait pas me rencontrer. Alors je suis passé par mon frère, qui est directeur des services sociaux. Le maire et le chef du village l’ont aussi contacté.
Que ressentez‑vous quand quelqu’un finit par se faire opérer, puis quand vous le revoyez pour la première fois ? Comment vous sentez‑vous en sachant que votre travail va changer leur vie à jamais ?
C’est un sentiment de joie. Les patients m’appellent toujours pour me dire merci. Parfois, je leur donne aussi le numéro de Dr Sanni et je leur suggère de l’appeler pour la remercier personnellement.
Nous avons appris de plusieurs personnes que les familles que vous avez aidées vont maintenant propager la nouvelle sur les soins des fentes. Comment vos anciens patients vous aident‑ils dans votre travail ?
Ils m’aident beaucoup. C’est comme un effet domino. Les anciens patients m’appellent pour me dire qu’ils connaissent d’autres personnes atteintes de fente. Je leur demande de m’envoyer une photo de la personne. Parfois ce n’est pas une fente, et parfois si.
À votre avis, qu’est‑ce qui amplifierait encore plus cet effet domino ? Qu’est‑ce qu’il faudrait pour obtenir des résultats encore meilleurs ?
Il faut continuer à sensibiliser. Il faut aller de village en village — pas tout le temps, mais si c’est tous les trois mois, ce serait bien. Nous devrions utiliser les médias locaux et les stations de radio. Et nous devons impliquer les chefs de village.
